Le 26 février, une tribune paraissait dans «Libération», comme un cri d’alarme à l’encontre de la disparition annoncée des aides régionales à la production cinématographique. Loin d’être une initiative isolée, ce texte, rédigé à l’initiative de nombreux réalisateurs et professionnels du cinéma, dont Claude Lelouch en tant que président d’honneur de la Société civile des auteurs, réalisateurs et producteurs, révélait au grand public l’inquiétude profonde du monde culturel qui s’est depuis approfondie, aggravée, et qui débouche aujourd’hui sur une journée de mobilisation.

Ce cri d’alarme des acteurs culturels faisait suite à l’adoption, en première lecture au Sénat, du premier texte relatif à la réforme des collectivités territoriales mentionnant que «dans l’année qui vient, une loi devra éclaircir les compétences exclusives des collectivités, leur marge de manœuvre et encadrer plus clairement leur financement». Comprendre : repositionner les collectivités locales sur leurs compétences strictement dévolues par la loi et réduire proportionnellement leurs moyens en leur interdisant d’aller sur des politiques que le gouvernement considère comme «secondaires».

Inutile d’attendre la loi sur la clarification des compétences. Le mouvement est bel et bien en marche. Nous assistons chaque jour aux premières manifestations concrètes, sur le terrain, des risques que font peser l’assèchement des finances locales en même temps que le désengagement progressif de l’Etat sur le financement de nombreux secteurs, parmi lesquels la culture. C’est la double peine.

Des collectivités locales, plongées dans une situation financière très difficile du fait de la réduction de leurs recettes, couplée à l’explosion de leurs dépenses obligatoires, se sont vues –mais surtout vont se trouver– contraintes d’opérer des coupes budgétaires significatives.

Certains départements ont ainsi retiré jusqu’à 20 % de leurs financements à la création artistique et à la diffusion culturelle. Si les régions peuvent encore aujourd’hui se prévaloir de finances saines, il est extrêmement clair que l’avenir pour elles sera l’obligation de renoncements à certaines actions. Il n’y a pas de miracles en la matière. Si les recettes n’évoluent plus, les dépenses obligatoires, elles, continueront de progresser et de le faire sur des masses telles qu’il sera impossible de ne pas aller chercher des marges de manœuvre sur celles qui ne le sont pas. Rappelons que la taxe professionnelle sera presque exclusivement remplacée par une fiscalité dont le gouvernement fixera l’évolution et les dotations dont le rapporteur général du Budget, Gilles Carrez, a déjà annoncé qu’il souhaitait qu’elles soient gelées.

Le secteur de la culture dépend à 70 % de financements locaux. Dès lors, le risque qui pèse sur la poursuite d’un développement culturel dans les territoires est bien réel. Claude Lelouch évoquait une épée de Damoclès mais le fil en est déjà coupé! Il s’agit en réalité d’un couperet qui s’abat d’ores et déjà sur la décentralisation culturelle.

Depuis la création des Maisons de la culture par André Malraux, il y a cinquante ans, les collectivités locales ont très largement contribué au développement d’une culture accessible à tous, d’une culture qui a su s’émanciper de l’élitisme parisien pour faire émerger le foisonnement des talents sur l’ensemble du territoire. Sans les collectivités locales, pas de Folles Journées à Nantes, pas de Louvre à Lens, pas de Printemps à Bourges, pas de Jazz à Marciac, pas de Francofolies à La Rochelle, pas de théâtre en Avignon. Pas de culture sans régions. Quand le gouvernement aura ainsi tari la création en région, aura-t-il puni des élus locaux forcément coupables de gabegie? Non, il aura ruiné la culture avec ce qu’elle signifie de plus profond aujourd’hui, dans une société qui plus que jamais, parce qu’elle perd ses repères, a besoin qu’on lui rappelle ses racines et que l’on donne libre cours à sa créativité.

Sauf à ce que le gouvernement –au nom de la rigueur– renonce à taxer les régions, entre autres, pour des projets qui ne relèvent pas de leur compétences, et pour lesquels aucun moyen ne leur a jamais été affecté.

Alors, Monsieur le Ministre de la culture, je ne doute pas que la porte de votre bureau soit ouverte. Mais êtes vous bien sûr qu’avec la politique que mène le gouvernement auquel vous appartenez, celles de nos centres culturels, de nos théâtres, de nos cinémas de quartiers ou de nos salles de spectacles puissent, elles aussi, rester ouvertes longtemps ?

Martin Malvy le 10 mai 2010

Signer l’appel « la culture en danger»